Cendrelune

Cendrelune — roman des Marches Grises
Il paraît qu'au bout de la Grise, dans la brume la plus pâle, un Foyer guérit ceux que la cendre a commencé à prendre ; une jeune fille a décidé de le croire, et de marcher.
Elle s'appelle Lune, et sur le dos de sa main court déjà une fine dentelle grise. C'est le premier signe de la Cendrure, cette lente pétrification qui change les braisiers en statues de suie vivante, le prix que réclame la magie à ceux qui la touchent de trop près. Autour d'elle, les Veilleurs baissent les yeux, les voisins reculent, et l'usage voudrait qu'elle s'assoie et attende de devenir pierre. Lune, elle, refuse de céder. Plutôt que d'accepter le sort qu'on lui promet, elle boucle un sac, glisse une pincée de sel de suif dans sa poche et prend la route vers la Grise, ces plaines de cendre mouvante que personne ne traverse deux fois. Avec Cendrelune, Denis Moulin quitte un instant la noirceur de son grand cycle pour écrire son roman le plus lumineux, un vrai récit d'aventure et d'espoir, taillé pour être lu d'une traite, la gorge serrée et le cœur battant.
Ne vous fiez pas au décor de cendre : ce livre respire, court et s'envole. Là où les autres romans du monde pèsent leur poids de suie, celui-ci avance comme une marche au grand air, de rencontre en rencontre, de feu de camp en horizon nouveau. Lune croise une vieille passeuse qui connaît des routes que même la Guilde ignore, un garçon des Marches du Nord qui a fui sa cité engloutie, une bête grise et fidèle qui la suit sans qu'on sache pourquoi. Ensemble, ils apprennent à lire le vent, à allumer une lampe de cendre quand la nuit tombe, à partager le peu qu'ils ont et à se relever quand la dune se dérobe. C'est un roman d'initiation au sens le plus vrai : chaque étape enseigne quelque chose, chaque rencontre laisse sa trace, chaque danger fait grandir, et la peur, peu à peu, cède la place au courage. Les épreuves ne manquent pas, tempêtes de suie, passages où la cendre bouge sous les pieds, nuits sans lampe où il faut se serrer pour ne pas céder au froid ; mais toujours, au matin, la route repart et l'espoir avec elle. On y retrouve tout l'art du paysage de l'auteur, ce regard d'ancien cartographe amoureux des brumes du Nord, mais posé cette fois sur des matins clairs et des lignes de crête qui appellent au départ.
Le cœur du livre, pourtant, n'est pas la carte : c'est Lune. Denis Moulin signe ici une héroïne déterminée et attachante, faite de doutes et d'obstination, qui n'a rien d'une élue ni d'une guerrière, seulement une volonté farouche de ne pas renoncer à sa propre vie. On marche avec elle, on s'écorche avec elle, on rit des rares fois où elle s'autorise à rire. Et parce que la Cendrure gagne un peu chaque jour, chaque kilomètre parcouru devient une course contre soi-même, une manière de prouver que tant qu'on avance, on n'est pas encore de la cendre. C'est cette tension douce, jamais désespérée, qui donne au roman son souffle si particulier : on veut savoir si le Foyer existe vraiment, on veut que la légende soit vraie, on tourne les pages pour que Lune y arrive.
Un mot pour les lecteurs et pour ceux qui choisissent un livre à offrir : Cendrelune se lit sans rien connaître du reste. C'est un roman entièrement indépendant, une histoire complète qui commence et s'achève entre ses propres pages, sans qu'il faille avoir ouvert un seul autre volume du monde. Mieux encore, il est accessible dès l'adolescence, à partir de quatorze ans, et fait une porte d'entrée idéale vers l'univers des Marches Grises : on y découvre la Braise, la Cendrure, les lampes et les Traceurs à hauteur d'une jeune fille, en douceur, portés par une aventure qu'on n'a pas envie de lâcher. Un adulte y trouvera l'émotion et la finesse d'écriture qui font la marque de l'auteur ; un plus jeune lecteur y trouvera un premier grand voyage imaginaire. Et si l'envie vient ensuite d'explorer les régions plus sombres du monde, le reste de l'oeuvre attend, patient, de l'autre côté de la brume.
Sans rien dévoiler du terme du voyage, sachez seulement que Denis Moulin ne triche pas avec l'espoir qu'il promet. La route est longue, la Grise mord, et tout ne se paie pas de la même monnaie qu'on croyait. Mais ce roman croit à la lumière, à l'amitié qui se noue au bord d'un feu, au geste d'une main qui en retient une autre au bord du gouffre. On referme Cendrelune réchauffé, un peu plus vaillant qu'à la première page, avec ce sentiment rare que laissent les beaux récits d'initiation : celui d'avoir marché, soi aussi, et d'en être revenu grandi.
- À lire si vous aimez : les récits initiatiques où l'on grandit à chaque étape du chemin, portés par le souffle du voyage.
- À lire si vous aimez : les héroïnes déterminées, faillibles et courageuses, qui refusent le sort qu'on leur assigne.
- À lire si vous aimez : les aventures lumineuses et pleines d'espoir, à savourer à tout âge dès l'adolescence.
- À lire si vous aimez : les mondes de brume et de cendre découverts par une porte d'entrée douce, avant les régions plus sombres.
Alors il ne reste qu'un pas à faire. La brume s'écarte, la première dune se lève, et quelque part au bout de la Grise brûle peut-être ce Foyer qui guérit. Prenez la route avec Lune, tenez la lampe haute, et allez voir de vos yeux si la légende dit vrai. Le voyage commence à la première page : il ne vous reste plus qu'à marcher.
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